Des territoires de commerce équitable en Inde ? L’idée paraît a priori saugrenue pour un pays plus connu dans le milieu du commerce équitable pour ses petits producteurs (riz, épices, coton…) et ses plantations de thé, que pour ses consommateurs soucieux d’éthique. C’est pourtant le rêve d’Anjali Schiavina, qui dirige une entreprise textile bio et équitable : faire de sa ville, Pondichéry, le premier territoire de commerce équitable en Inde ! Avec le soutien des acteurs indiens du commerce équitable (Fairtrade India, Fair Trade Forum India), de « Push » un activiste et de deux ONG locales, elle a embarqué une dizaine d’entrepreneurs, dont la moitié d’ « auroviliens », dans l’aventure.

La « middle class » monte en puissance en Inde et représente un marché potentiel énorme pour les produits équitables. Reste que le concept de « Fair Trade » y demeure inconnu ! La tâche s’avère donc immense tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale. Au niveau national, l’association Fair Trade India, créée en 2013 (l’équivalent de l’association Max Havelaar France) compte sur le « Chikki » équitable, arrivé sur le marché en janvier 2017 dans quelques grandes villes (Delhi, Bangalore…) pour lancer le mouvement. Il s’agit d’une confiserie traditionnelle à base de cacahuètes et de sucre de canne vendue à cinq roupies l’unité dans un emballage tendance. Conçue par la marque « Paper Boat », ce Chikki représente le premier produit labellisé « Fairtrade » (l’équivalent du label Max Havelaar en France) conçu spécifiquement pour le marché domestique indien.

A l’échelle locale il existe en fait plusieurs initiatives visant à créer des « Fair Trade Towns ». Située à l’ouest de l’Etat du Tamil Nadu, dans les montagnes le séparant du Kérala, la ville de Kotagiri est également sur les rangs. Mais revenons à Pondichéry où nous avons rencontré les acteurs de l’initiative « Fair Trade Twin Towns Puducherry and Auroville » (FTTTPA) dans le cadre d’un projet de recherche. Ancien comptoir français, fortement marquée par l’activité non seulement spirituelle mais également économique de la société de l’Ashram de Sri Aurobindo, Pondichéry fait partie des premières villes indiennes candidates au label « Fair Trade Towns » dans le cadre d’une initiative originale de certification « jumelée » avec sa voisine Auroville. Auroville ? Un nom qui sonne français pour cette cité expérimentale créé en 1968 à l’initiative de la compagne spirituelle de Sri Aurobindo, Mirra Alfassa : la Mère. Auroville, « lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète » selon sa charte, est dotée de dizaines d’unités de production artisanale (encens, savons, vêtements, hamacs, confitures…) qui appartiennent à la communauté des auroviliens. Mais seulement quatre unités auroviliennes se sont pour l’instant engagées dans l’initiative : Maroma, Mèreville, Imagination et Upasana. Du côté de la ville de Pondichéry on trouve l’entreprise de textile d’Anjali, Mandala Apparels, qui emploie 250 couturières, l’entreprise Naturveda qui fabrique de l’encens pour l’export et l’entreprise Auromira (hamacs). Un comité de pilotage national a été créé ainsi qu’un comité local pour faire avancer le projet sur la voie de la réalisation des cinq objectifs des Fair Trade Towns, version indienne. Inspirée par la tradition gandhienne, une marche de sensibilisation de 450 km à travers l’Etat du Tamil Nadu – de Pondichéry à Ooty, près de Kotagiri- a été entreprise par « Push » fin 2016. L’initiative aurovilo-pondichérienne souhaite être reconnue « territoire de commerce équitable » pour le 15 août 2017, jour commémoratif de l’indépendance de l’Inde. A suivre !

Aurélie Carimentrand (Université de Bordeaux Montaigne, FairNESS) &

Jérôme Ballet (Université de Bordeaux)

Liens :

https://www.facebook.com/FTTTPuducherryAuroville/

https://www.gopushgo.co.uk/